Dissertation de philosophie

#1
Bonjour, je suis en terminale S et je viens de rédiger ma première dissertation de philosophie. J’aimerais savoir ce que vous pensez de ce devoir dont le sujet est "Que vaut la formule : « À chacun sa morale » ?". Merci, bonne soirée.

Les hommes ont pour coutume de suivre ce qu’ils appellent une morale, un ensemble de règles qui leur permet de vivre en société. Mais le terme de morale a besoin d’être défini de façon plus précise car dans le langage courant il peut se confondre avec la moralité ou l’éthique. La moralité désigne en effet la morale dans le sens collectif, et l’éthique une réflexion argumentée en vue du bien-agir. La morale étant un ensemble de règles qui permettent de différencier le bien du mal, et auquel il faudrait se conformer, nous pouvons nous demander s’il est possible de dire « à chacun sa morale ». En effet cette formule peut signifier qu’il n’existe pas de moralité à une époque donnée car les individus ont des morales divergentes, ou alors que la moralité évolue à travers le temps, donc il n’y aurait pas de moralité intemporelle ce qui nous amène à étudier l’historicité de la morale. Il arrive que des morales différentes entrent en conflit, ce qui montre le caractère problématique de la formule « à chacun sa morale ». Nous pouvons évoquer l’éthique médicale, et à titre d’exemple l’affaire Vincent Lambert où la mère, catholique pratiquante, s’oppose à l’euthanasie de son fils, alors que la femme de cet homme souhaite qu’on mette un terme à son état végétatif. Nous nous demanderons que vaut la formule « à chacun sa morale », etnous verrons alors quelle est sa valeur, c’est-à-dire est-elle viable ? Nous tenterons ensuite de nous demander : « Existe-il une morale universelle ? ».

Tout d’abord, voyons s’il y a une morale propre à chaque individu. Déjà, dans un monde peuplé de plus de sept milliards d’êtres humains, certains éléments de la morale de chacun divergent forcément. Prenons l’exemple de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe en France. Une partie de la population soutenait cette loi car après tout cela ne les concernait pas, mais une autre partie des citoyens s’y sont opposés pour des raisons de morale religieuse, principalement. On voit ici que des morales différentes cohabitent, cela montre que chacun a sa morale. Une solution provisoire pourrait alors être de tolérer les morales des autres malgré ce que cela peut nous coûter, afin de vivre en paix.
Ensuite, l’existence de morales plurielles nous place devant des choix et nous permet d’exercer notre libre arbitre. Chacun peut ainsi suivant ses préférences choisir de suivre une morale plutôt qu’une autre. Nous pouvons par exemple considérer que l’avortement est un acte moral et accepter sa pratique, sans demander à ce qu’autrui considère cet acte comme moral, alors celui-ci ne pratiquera pas l’avortement.
Nous voyons qu’il existe effectivement de nombreuses morales différentes et incompatibles. Nous verrons alors que ces divergences peuvent poser des problèmes.
Premièrement, si chacun à sa morale individuelle, cela peut créer des conflits intérieurs. À titre d’exemple, un individu appelé à la guerre peut ne pas adhérer à la violence de la guerre et peut ne pas se sentir concerné face à des conflits entre nations, sa morale lui dicte alors de ne pas combattre, mais déserter pourrait engendrer des sanctions- telle que la mort. On observe ici un cas où la personne peut appliquer sa morale et mourir ou ne pas l’appliquer et survivre, elle est donc confrontée à un dilemme, un conflit intérieur. Un autre exemple, serait la religion chrétienne qui interdit toute relation sexuelle si sa fin n’est pas la procréation, ce qui oblige les croyants à vivre en état de péché, ou à vivre contre ses besoins.
Ensuite, même si nous tolérons la morale d’autrui pour vivre en paix, cela pose un problème : nous risquons d’être confrontés à certains actes que nous considérons mauvais dans tous les cas mais qui sont acceptés par d’autres. Voici une faille à notre tolérance. Par exemple, si nous évoquons quelqu’un qui frapperait son enfant, son acte est considéré comme mauvais par certains d’entre nous, et on pourrait probablement justifier ce point de vue par la raison- un enfant ne pouvant se défendre, par l’argument ou la force, ne mérite pas telle sentence- mais en 2016, près de 33 000 cas d’enfants maltraités ont été signalés.
Finalement, dire « À chacun sa morale » est une position confortable, car cela permet de justifier nombreuses actions, aussi injustes soient-elles envers autrui avec le seul argument de la différence entre deux morales. Il faudrait alors une limite à cette formule, on pourrait dire « à chacun sa morale à condition que les actes qu’elle entraîne ne nuisent pas à autrui » soit la « liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui », pour citer l’article 4 de la Déclaration des droits de l'homme.
La vie en société autour de la formule « à chacun sa morale » paraît difficilement envisageable. Toutefois comme il existe différentes morales dans la société, voyons ce qui nous permet de cohabiter malgré tout.
On peut penser qu’il existe une morale universelle, qui serait présente chez tous les individus, et qui serait acquise ou innée. Il existe en effet des cas qui semblentmontrer qu’une telle morale est possible. En effet, lorsqu’on regarde des images des camps de concentration, que ce soit en Allemagne pendant la Shoah ou au Cambodge sous le règne des Khmers rouges, nous sommes tous touchés et horrifiés. Alors si de tels actes sont réprimés par tous, on peut supposer qu’il existe une morale universelle partagée par tout homme.
De même il arrive que dans certains cas des comportements exceptionnels entraînent l’adhésion de tous, quelle que soit la religion ou la tendance politique. On peut prendre l’exemple de comportements héroïques où un individu risque sa vie sans aucune contrepartie, comme le contrôleur aérien qui a préféré permettre à un avion de décoller pendant un séisme, plutôt que de sauver sa propre vie. De tels actes sont admirés par tous, ce qui nous amène encore à penser qu’il existe une morale universelle.
Jean-Jacques Rousseau, en observant différentes cultures pensait que malgré la diversité de leurs us et coutumes, on observait certaines constantes qui l’amenaient à penser qu’il existe une morale universelle. Il disait à ce propos : « Jetez les yeux sur toutes les nations du monde, parcourez toutes les histoires. Parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères, vous trouverez partout les mêmes idées de justice et d'honnêteté, partout les mêmes notions de bien et de mal. ».
Il semble donc qu’il existe une morale qui permette de guider nos actions en dehors de toute idéologie. C’est ce que Kant appelle un impératif catégorique et qui nous amène à agir moralement même si cela ne nous procure pas de plaisir. C’est ce qu’il faut faire, ce que l’on doit faire, tout en veillant à n’en attendre aucune récompense, car sinon la pureté du geste serait perdue. Il faut alors agir selon notre raison, et non en fonction de nos désirs. Dans ce cas on ne peut plus parler d’une morale individuelle, on ne peut plus dire à chacun sa morale. Il faut alors être certain de bien agir selon la raison, et savoir discerner le bien du mal. Pour cela Kant propose de se mettre à la place des autres. Si je n’aimerais pas que l’on me fasse cela, je ne le fais pas aux autres. D’autre part, pour Rousseau l’homme est “naturellement bon” etest corrompu par la société : « La nature a fait l’homme heureux et bon, mais […] la société le déprave et le rend misérable. », cela corrobore l’idée qu’il existe une morale innée et universelle.
D’après Kant et Rousseau la morale est universelle, mais l’on observe tout de même qu’il y a une historicité de la morale. En effet, alors que l’inceste était une pratique relativement fréquente encore récemment, c’est aujourd’hui quelque chose presque impensable. Par exemple, l’empereur japonais Akihito a été le premier empereur du Japon à se marier a une femme ne faisant pas partie de sa famille, et ce en 1989.

Pour conclure tout le monde a sa morale propre, ce qui peut poser problème dans certains cas. Bien heureusement, il semble exister une morale universelle à tous les êtres humains qui nous préserve d’un état de conflit permanent. J’ai, à la fin de ce devoir suggéré qu’il existe une morale universelle, en suivant certaines idées des Lumières et quelques exemples que j’ai observé dans notre société. Cette conclusion est néanmoins à tempérer car d’après Hobbes dans Le Léviathan, l’État (le Léviathan, un gouvernement autoritaire) garantit la sécurité des hommes, nous sommes donc peut-être tous soumis à un régime de cet ordre, et il n’existe par conséquent peut-être pas de morale universelle. Si l’on reprend l’exemple du début quand l’affaire Vincent Lambert était évoquée, on constatait que des morales différentes s’opposaient sur ce sujet. D’une part, la morale chrétienne refusait l’euthanasie d’un homme considéré comme la création de Dieu, d’autre part la femme de Vincent Lambert suit son éthique, c’est-à-dire ce qu’elle considère bien agir. Cette confrontation entre la mère et la femme de cet homme, qui dure depuis 10 ans, nous montre bien que les conflits moraux sont voués a durer.
 

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